le nucléaire, une affaire de famille en Corée du Nord

La Corée du Nord a publié samedi une photo montrant le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avec ce qui semble être sa fille pour la première fois. Les images ont été prises devant le missile balistique le plus puissant de Corée du Nord dans une cascade destinée à lier l’arme nucléaire à la dynastie au pouvoir.

Vêtue d’une veste blanche, elle semble partager un moment de complicité avec son père, qui lui tient fermement la main. L’image, publiée par les médias officiels nord-coréens le samedi 19 novembre, pourrait être pleine de tendresse s’il n’y avait pas la présence imminente d’un puissant missile balistique en arrière-plan.

Notamment, le père sur cette photo n’est autre que Kim Jong-un, le dirigeant très autoritaire de la Corée du Nord, tandis que la jeune fille serait Ju-ae, l’un des trois enfants que le dirigeant nord-coréen aurait avec sa femme, Ri Sol-ju, selon les services de renseignement occidentaux.

De Dennis Rodman à une photo d’une fille avec un missile

C’est la présence de cette jeune fille qui a fait le tour du monde, et non la silhouette impressionnante qui, selon les médias officiels, était le Hwasong-17, le missile balistique intercontinental le plus puissant de Corée du Nord.

Jusqu’à présent, le régime de Pyongyang n’a jamais confirmé l’existence même des enfants de Kim Jong-un. La seule mention de Ju-ae “a été faite par le basketteur américain Dennis Rodman après avoir visité la Corée du Nord en 2013”, souligne Antoine Bondaz, expert nord-coréen à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

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A l’époque, dans une interview au journal britannique The Guardian, l’athlète américain décrivait Maître Pyongyang comme un “bon père” qui venait de recevoir une “petite fille”. On dit donc que Ju-ae a au moins dix ans aujourd’hui – qui pourrait être la fille sur la photo.

Ce clip – ainsi que plusieurs autres similaires publiés par l’Agence centrale de presse coréenne (KCNA) – offre un aperçu très rare de la vie intime du redoutable dirigeant nord-coréen. Dans un pays aussi introverti que la Corée du Nord, cette fenêtre inédite sur le cercle familial de Kim Jong-un suffirait à piquer l’intérêt des experts nord-coréens du monde entier.

Mais la présence de Ju-ae sur la photo ne sert pas seulement à faire de Kim Jong-un un bon père de famille. Cette représentation d’une jeune fille, à peine sortie de l’enfance, défilant aux côtés de son père devant un missile balistique, symbole par excellence de la puissance militaire et nucléaire nord-coréenne, “vise à lier directement le programme nucléaire nord-coréen à la dynastie Kim”. fourni par Antoine Bondaz.

Kim Jong-un utilise sa fille pour montrer à son peuple et à la communauté internationale que “l’énergie nucléaire est une affaire de famille en Corée du Nord”, ajoute André Carvalho, spécialiste de la stratégie militaire asiatique au King’s College de Londres et de l’International Team for the Study. of Security (ITSS) Verona, un collectif international d’experts sur les questions de sécurité internationale.

Dans l’ordre héréditaire ?

En se livrant à cette opération de communication, Ju-ae permet à son père de légitimer un peu plus son pouvoir personnel. L’arme nucléaire représente la principale puissance du “royaume ermite” et Kim Jong-un, en associant si étroitement ce missile au clan dont il est le père, laisse entendre qu’en quelque sorte il est aussi le “père” du symbole de la puissance nord-coréenne.

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Cette photo sert ainsi d’avertissement à toutes les factions les moins soumises du régime. “On a toujours l’impression qu’il n’y a pas d’opposition en Corée du Nord, mais ce n’est pas vrai et cette mise en scène permet à ceux qui rêveraient d’une Corée du Nord sans Kim de montrer qu’il n’y a pas de régime sans Kim. Jong-un et sa dynastie, parce qu’ils sont les gardiens et les artisans de l’énergie nucléaire », analyse André Carvalho.

C’est aussi pourquoi Kim Jong-un préfère prendre une photo avec sa fille qu’avec son fils, qu’il est également censé avoir. Dans la dynastie Kim, le pouvoir est historiquement transmis de père en fils, et l’apparition avec sa progéniture pourrait être vue comme une représentation d’un dauphin, “alors que l’intention ici n’est pas d’invoquer la succession, mais un aspect de la dynamique du pouvoir nucléaire”. précise Antoine Bondaz.

Cet expert rejette également l’idée de certains experts selon laquelle Kim Jong-un “prépare son pays à l’éventualité que sa fille lui succède car elle aurait plus en commun avec lui que son fils”, selon André Carvalho. Pour Antoine Bondaz, le véritable héritier ferait mieux de se cacher. “En Corée du Nord, à partir du moment où le successeur est présenté, il s’affaiblit”, assure l’expert de la Fondation pour les études stratégiques.

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Pourtant, la présentation officielle de sa jeune fille justement dans ce contexte militaire “indique qu’elle jouera assurément un rôle important dans le futur”, estime André Carvalho. Kim Jong-un n’hésite pas à jouer les premiers rôles féminins. sa sœur Kim Yo-jong, pour le représenter aux Jeux olympiques d’hiver de 2018 avant de la nommer à un poste clé dans l’agrès.

C’est peut-être une petite touche de modernité du dictateur nord-coréen. “Dans une société aussi patriarcale que la Corée du Nord, Kim Jong-un sait que sans son aide, les femmes n’auront pas la légitimité nécessaire pour occuper des postes importants dans l’appareil d’Etat”, conclut André Carvalho.

Enfin, cette photo permet aussi de réaffirmer le principe que Kim Jong-un a fait en sorte d’inscrire dans la loi sur l’utilisation des armes nucléaires, adoptée début septembre 2022. Dans ce texte, « il est écrit que même en décapitation, Ovitek frappe [c’est-à-dire visant à tuer directement Kim Jong-un, NDLR]le pays riposterait par l’arme nucléaire », souligne Antoine Bondaz.

Cela signifie que le pays restera une puissance nucléaire après son départ. La photo ne montre pas le contraire : elle montre que même si Kim Jong-un venait à disparaître, il y aurait quelqu’un dans sa famille pour appuyer sur le bouton nucléaire, que ce soit son héritier ou cette fille en blanc.

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